Le film s'inscrit dans le genre "nudie-cutie" ("nu coquin"), typique du début des années 60, mêlant comédie légère et fantastique.
Complètement inédit en France, The Naughty Shutter dispose d'une affiche on ne peut plus provocante, avec un néologisme de circonstance ("Sexsational"), une phrase d'accroche directe ("Des nus osés en liberté"), et elle promet un procédé unique : le nudiscope !
L'intérêt qu'on peut trouver en le regardant aujourd'hui est quasiment archéologique, en tout cas sociologique, en tant que témoin de cette époque où le regard avide de spectateurs rencontrait les efforts de réalisateurs et de producteurs à l'affut du moindre espace de liberté permettant de montrer des corps dénudés sans risquer l'interdiction complète. Musique d'emprunt banale et récit en voix off peuvent surprendre la spectatrice ou le spectateur non habitué, puis peu à peu le ton ouvertement humoristique fait que l'histoire à rebondissements se laisse suivre sans peine, la durée de 53 minutes semblant suffisante néanmoins...
"Lorgner, mais ne pas toucher : les Nudie Cuties.
"Le film de type nudie cutie, au début des années 1960, a instauré un marché, un public et un point de vue textuel pour ce mode de production [la sexploitation]. Les films nudie cutie mettaient en scène des récits comiques ou fantastiques qui servaient de prétextes pour présenter des femmes dans divers états de déshabillé, généralement avec des vues de femmes seins nus ou aux fesses dénudées.
Les films nudie cutie sont souvent décrits comme (...) des versions cinématographiques des pages centrales des magazines de pin-up, dans lesquelles la nudité féminine et son érotisme potentiel sont cadrés sur un ton naturalisé et inoffensif. La femme nue y apparaît comme un mirage, essentiellement passive et inconsciente de son propre statut d'objet d'un regard lubrique.
Dès ses premières représentations, le film nudie cutie a été marqué par sa dépendance et son adresse à son public nouvellement curieux, avec des slogans publicitaires promettant que les spectateurs verraient quelque chose qu'ils n'avaient jamais aperçu auparavant. La conscience de soi des nudies, plutôt que d'émaner d'une intention artistique, a émergé d'une relation perméable et productive avec leurs conditions de production, de diffusion et de réglementation.
Une telle conscience de soi réfractait les anxiétés culturelles entourant le public de cinéma potentiellement « lubrique », faisant de ce malaise même autour d'un consommateur d'érotisme nouvellement reconnu la topographie idéologique de ces films.
En exploitant la nouveauté de la nudité féminine au sein de récits impliquant l'astuce de la vision altérée, l'acte de regarder la chair féminine nue était thématisé dans les films à travers divers procédés narratifs et rebondissements.
Cette ruse, qui permettait au protagoniste masculin — souvent d'un âge mûr ou avancé et connoté comme infirme — d'apercevoir des corps féminins exposés, pouvait prendre plusieurs formes, toutes capables de cadrer et de médiatiser la nudité par le biais d'un dispositif ou d'un ressort narratif, à la fois pour légitimer le corps nu et pour distancer le public de toute culpabilité directe ou incrimination dans ce qui ne serait rien d'autre qu'un « divertissement inoffensif ».
Les prétextes de l'intrigue des nudie cuties revenaient systématiquement à cette « scène du regard », plutôt qu'à celle du sexe, comme point d'orgue de l'action dramatique.
Considérez certains de ces dispositifs : la séquence de rêve ou la structure fantastique (comme dans The Immoral Mr. Teas [Russ Meyer, 1959] et Not Tonight Henry [W. Merle Connell, 1960]) ; l'utilisation d'une forme de postulat optique ou de dispositif technologique permettant de voir des femmes nues (un appareil photo dans "The Naughty Shutter" [Sammy Helm, 1963] ; un taxi servant de machine à remonter le temps dans 50,000 B.C. (Before Clothing) [Warner Rose, 1963]) ;
L'utilisation d'une crème de disparition mélangée à de la peinture en bâtiment qui permet à deux peintres de voir à travers les murs les femmes de l'autre côté dans Pardon My Brush (John K. McCarthy, 1964) ; ou des scénarios plus élaborés de science-fiction et d'invisibilité (Tales of a Salesman [Don Russell, 1965] ; Nude on the Moon [Doris Wishman, 1961]) ;
La transformation du voyeur en animal ou en objet inanimé (Dr. Sex [Ted Mikels, 1964] ; Mr. Peter’s Pets [Dick Crane, 1963]) ; ou des cadres « sociologiquement » réalistes tels que l'atelier d'artiste, dans le sous-cycle du film de modèle d'artiste (1,000 Shapes of a Female [Barry Mahon, 1963] ; Nude in Charcoal [Joe Sarno, 1961] ; Artists Studio Secrets [J. M. Kimbrough, 1964]).
Dans tous ces films, la vision de la nudité doit être convenablement médiatisée — soit par une structure générique, soit par un dispositif narratif — afin d'amortir le « choc » visuel de la nudité et d'isoler le spectateur d'une reconnaissance manifeste de sa propre intention érotique." (Lewd Looks_ American Sexploitation Cinema in the 1960s. Elena Gorfinkel, 2017, page 110)
"Produit au Texas, "The Naughty Shutter" (Sammy Helm, 1963) utilisait la découverte d'un appareil photo magique capable de voir les femmes nues dans un hôtel de bas quartier comme base d'une série de péripéties, au cours desquelles l'appareil passait comme une patate chaude entre les mains de différents résidents du motel. " (idem, page 128)
"Vers 1963, la nouveauté de la nudité n'était plus le domaine exclusif du nudie, car Hollywood tentait de légitimer son incursion dans ce monde « adulte ». Les articles de presse faisaient état de divers conflits professionnels et de censure concernant la nudité à l'écran.
Un article de 1963 intitulé « Anatomy of Nudie Film Biz » soulignait que, bien que les exploitants de nudie cutie ne soient plus la cible d'injonctions légales, « ils se heurtent à une sophistication accrue du public. De tels films ont désormais besoin d'une intrigue construite, d'humour et d'angles particuliers. Le seul angle de vue sur l'épiderme nu ne suffit plus. Le phénomène du naturisme en lui-même fait désormais bâiller. »
Les producteurs avaient été fustigés pour avoir exigé des actrices qu'elles tournent des scènes de nu, et la Screen Actors Guild était intervenue pour défendre ces actrices, marquant ainsi une distinction entre les projets d'exploitation à petit budget et les ambitions du cinéma grand public.
Cette dépréciation par la différenciation opérait à travers une marginalisation sociale des interprètes féminines de la sexploitation, même si, à cette époque, de grandes stars telles que Marilyn Monroe, Jayne Mansfield et Carroll Baker incarnaient une volonté nouvelle de tout dévoiler dans des productions financées par les grands studios. Jane Russell, connue pour sa présence hollywoodienne généreuse, fit part de son dégoût pour les nudies." (idem, pages 128-129)
La présentation du film par SWV :
"The Naughty Shutter est une énième comédie "Débile avec un grand D", mettant en scène une ribambelle de jolies pépées gambadant aussi nues que l’année 1963 le permettait, tandis que les hommes de la distribution se comportent tous comme des idiots. Dick, qui couvre les "bas-fonds" pour un magazine masculin, commence sa journée en faisant escale dans un théâtre burlesque "qui propose l'une de ces vieilles danseuses de hootchie-cootchie", et regarde une fille noire dont la spécialité est de secouer son postérieur. Vous remarquerez que le prix d'entrée affiché au guichet est de 1,25 $ — un tarif stupéfiant ! Plus stupéfiant encore, cependant, est l'affiche devant l'établissement : il s'agit de l'affiche de The Naughty Shutter ! Surréaliste, n'est-ce pas ?" (voir à 6mn49 du film, en effet, lorsque Dick ressort du théâtre. L'affiche est un peu floue mais c'est bien celle du film.)
La suite à lire ici : https://www.somethingweirdarchive.com/product_info.php?products_id=57533&osCsid=1uv27gclmssrjsut5ubah0tdc2
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Il est temps de voir cet archétype du film voyeuriste léger et jovial, où la plupart des hommes sont présentés comme des idiots maladroits, et où les jeunes actrices sont des "pin-up" joyeuses qu'on regarde mais qu'on ne touche pas !
Le film avec sous-titres Fr maison :
mkv, 667 Mo
https://multiup.io/44f5723928d8913ceae74bf7b115f0ff
partage non renouvelable
Les sous-titres Fr seuls :
https://www.opensubtitles.org/fr/subtitles/13518232/the-naughty-shutter-fr









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